La maison vieille des rives

La maison vieille des rives
Bien que la vertu fût un obstacle aux libres moeurs de la ville, on n'avait pas encore eu connaissance, du moins publiquement, de cas de lesbianisme incestueux que, certainement, même le chanoine Nascimento, gouverneur de l'évêché, une âme que l'on ne pouvait suspecter de fustiger les doux excès amoureux de ses fidèles, condamnerait. - « Les idées libérales que l'on défend effrontément ne peuvent qu'aboutir à ces fléaux » - disaient les monarchistes. - Ces pratiques sont nées au sein de cette société pourrie... et ses fruits ne peuvent être meilleurs... » - répliquaient les républicains avec une ironie un tantinet grivoise. Il était notoire que le sujet divisait la ville, venant s'ajouter aux divisions déjà existantes, mais le fait est que, de part et d'autre, l'idée d'inceste entre Lucrécia et Catarina répugnait. Il était cependant évident que personne ne prenait cette dénonciation bien au sérieux. À quelles conspirations et infamies ne se livrerait-on pas pour posséder la luxurieuse et belle Catarina ! Et l'idée d'une procession en signe de regret, avec tambours assourdis et armes baissées, ne relèverait que de la plaisanterie.
- Si le coeur de la tante est assez dur pour ne pas céder aux impulsions de l'amour..., il faut lui faire sentir l'opprobre de la société... - plaidait Botelho Sampaio en dégustant son cognac. Tous deux venaient de souper après la pièce de théâtre et fumaient placidement.