Afrique, dernière terre de Dieu : sur les rives du Congo et de l'Oubangui, un broussard en Afrique équatoriale française

«Littéralement en transe, son bras toujours tendu
vers l'horizon, il murmura quelques mots. Je finis par
distinguer « n'doli (éléphant)» puis « pembé ti lo a lingbi
apé ! (ses défenses sont incroyables !)» Ces paroles me
firent sortir de ma torpeur. Je saisis les jumelles pour
voir le phénomène. Ce ne fût qu'en portant mon
regard au-delà du troupeau d'éléphants que nous
avions vu arriver précédemment que je le découvris
enfin. Mon coeur battait à tout rompre. Jamais, dans
mes rêves les plus fous, je n'avais osé imaginer qu'un
animal semblable puisse encore exister.»
Nous sommes en 1944. À seize ans et demi, j'ignore tout
de la vie. La Creuse est mon seul horizon. Et puis, il y a,
vicissitude du destin, le convoi qui me mène à Dachau.
J'ai survécu. Comment, pourquoi ? Je ne sais pas. Je veux
oublier. L'Afrique me lavera de tout. Quand j'embarque,
en 1948, à bord du paquebot Foucault, à Bordeaux, je
ne sais rien du continent que je vais découvrir. Je rejoins,
en tant que parachutiste, les troupes de l'Afrique équatoriale
française. Je les quitterai très vite. Le fleuve Congo et
ses affluents seront, ensuite, mon seul univers. L'Afrique
s'ouvre à moi. Une Afrique sauvage, primitive, très éloignée
de celle que ne fait qu'effleurer la colonie française.
Mais c'est aussi un monde qui se meurt, sous les coups de
boutoir de la civilisation. Et que je veux faire revivre à
travers ces pages.