L'homme et le vivant

Le débat contemporain sur la question du vivant tourne généralement
autour des conséquences technologiques et pratiques de
la biologie moderne, notamment dans le domaine médical. Mais ce
débat en cache souvent un autre, plus fondamental, relatif à la
place de l'humain dans l'ordre du vivant. Le développement actuel
des sciences de la vie et des sciences cognitives remet en effet en
cause, de façon profonde, les frontières classiques entre l'esprit et
le corps, l'animalité et l'humanité, la nature et la culture...
Aujourd'hui, comme au XIX<sup>e</sup> siècle, les sciences humaines doivent
donc à nouveau affirmer leur autonomie par rapport aux
dérives biologisantes dans l'interprétation de l'humain. Mais il ne
suffit plus de revendiquer une spécificité de l'homme garantie par
l'histoire et la culture, car tout ce qu'on a coutume d'attribuer en
propre à l'humain, comme l'organisation sociale, la vie culturelle,
la technique, le langage, les sentiments moraux ou la connaissance
d'autrui, fait aujourd'hui l'objet de travaux qui visent à en montrer
le fondement biologique et évolutionnaire, ainsi que la présence
dans d'autres espèces animales.
En confrontant les philosophies classiques de l'âme aux théories
naturalistes modernes de l'esprit, en réexaminant attentivement
les thèmes de la rationalité, de l'humanité et de l'animalité,
et enfin en s'interrogeant sur les conséquences du naturalisme
génétique dans l'analyse et la pratique sociale, cet ouvrage vise à
apporter un éclairage nouveau et actualisé sur les rapports entre
sciences de l'homme et sciences de la vie.