Monsieur Madeleine

Le parcours de Bernard Madeleine est, en quelque sorte, exemplaire. Un père gazé à la guerre de 1914, une mère admirable qui fait la lessive des bourgeois, et le petit Bernard qui apprend à voler pour apporter quelques sous au foyer. A douze ans, il est placé dans un bagne pour enfants à la colonie pénitentiaire de Mettray.
Mal parti, Bernard. Pourtant on le retrouve quelques années plus tard chez un grand pépiniériste où il restera jusqu'à la débâcle. En juin 1940, il descend à Marseille et y avise un cargo pour l'Algérie, d'où il espère gagner Londres ; pour payer son passage, il commet son premier hold-up. Il se fait prendre et écope de neuf ans de travaux forcés. Au terme de plusieurs tentatives d'évasion, il gagne la capitale en 1944. Madeleine se planque, tombe amoureux, fait le coup de feu avec les FFI, est blessé par balle.
A la Libération c'est le gros coup. Déguisé en faux policier, il «perquisitionne» chez une richissime Américaine qu'il déleste de ses bijoux. Arrêté, il s'évadera à nouveau, quatre ans plus tard, du palais de justice de Paris. Sa légende commence. Bernard Madeleine, en raison de l'audace qu'il déploie dans ses entreprises et aussi d'une certaine élégance à l'égard de ses victimes, fait la une des journaux. Il totalisera plus de quarante-cinq années de prison avant d'être mis en liberté conditionnelle à l'âge de... soixante-dix ans ! Son récit se lit comme un formidable roman d'aventures. Monsieur Madeleine, ou comment un malfaiteur qui n'a jamais commis de crime de sang peut devenir un «Ennemi public n° 1».