Economie politique (L'), n° 67. Faut-il défendre le revenu de base ?

Un revenu versé à tous, sans condition ni contrepartie ? Longtemps
cantonnée aux débats intellectuels, l'idée séduit de
plus en plus de partis politiques ou de mouvements citoyens
en Europe. Pourquoi cette idée retrouve-t-elle de l'audience
aujourd'hui ? Sans doute parce qu'elle répond à deux préoccupations
majeures.
Tout d'abord, la crise de notre protection sociale fondée sur
une norme de plein-emploi, système qui, malgré un coût
important, délaisse un nombre croissant de personnes et ne
parvient pas à endiguer la montée de la pauvreté.
Par ailleurs, dans une économie cognitive, où les connaissances
s'acquièrent et s'échangent de plus en plus en dehors
des heures effectives de travail et où s'inventent grâce aux
technologies numériques de nouvelles formes d'organisation
du travail, il est nécessaire de trouver d'autres formes de
partage de la valeur. Sauf à accepter de voir les inégalités se
creuser de manière intolérable en faveur d'une élite captant
la plus-value produite par le travail gratuit de la multitude.
Séduisante, l'idée d'un revenu de base attire à la fois des pragmatiques
- lutter contre la pauvreté - et des utopistes - se
libérer du travail aliénant. Une variété qui confine à l'auberge
espagnole idéologique, puisqu'on trouve aussi bien parmi
ses promoteurs des néolibéraux que des anticapitalistes, des
keynésiens que des écologistes...
Ces clivages surgissent dès qu'on évoque la mise en oeuvre,
le montant et le financement de ce revenu. Au-delà de ces
dissensions, le revenu de base est-il un bon combat ? S. M.