Contes immoraux du XVIIIe siècle

Ce n'est pas la faute à Voltaire ni la faute à Rousseau si l'on
s'amuse à voir, au XVIII<sup>e</sup> siècle, de pauvres amants éconduits, de
tristes maris cocufiés et autant d'épouses infidèles... Le coupable,
c'est La Fontaine, le grand fabuliste qui, à ses heures perdues, inventa
le conte immoral. En vers puis en prose, on rit du malheur de
ceux qui, à la campagne ou à la ville, dans les humbles chaumières
comme dans les plus somptueux palais, se croient forts, pensent
pouvoir résister à l'appel de la chair et finalement capitulent. C'est
immoral mais tellement drôle. Après les paysans et les bourgeoises,
c'est au tour des fées et des génies de laisser libre cours à leurs
fantasmes, de transformer les hommes en sofa, en baignoire ou
en bidet, en ananas ou en jonc, et leurs palais en véritables lieux
de perdition. Enfin viendra l'heure du diable, le grand complice
des débauchés. La forme des histoires change mais l'esprit reste
le même : poésies grivoises en vers, féeries licencieuses en prose
ou récits mixtes de la fin du siècle, les quatre-vingts contes ici
rassemblés sont tous des contes à rire.
Cette anthologie propose de partir à la découverte d'un genre
inconnu, ignoré des histoires littéraires et d'une étonnante variété,
entre prose et poésie, vraisemblance et merveilleux, longueur et
brièveté, immoralisme et amoralisme. On y croise de talentueux
raconteurs d'histoires : malicieux versificateurs (Grécourt, Piron,
Vergier), ingénieux affabulateurs (Bret, Chevrier, Fougeret de
Monbron, Senneterre) et audacieux conteurs (Nerciat, Ligne,
Maréchal, Sade). Tous ont contribué à faire du conte immoral
une catégorie majeure de la littérature du XVIII<sup>e</sup> siècle.