Europeana, n° 9. Relire la religion civile avec Rousseau

Europeana
Numéro 9
Relire la religion civile avec Rousseau
Les pages sur la religion civile qui se trouvent à la fin du Contrat social de
Jean-Jacques Rousseau ont suscité bien des interprétations contradictoires,
du XVIII<sup>e</sup> siècle à nos jours. Alors que les contemporains du philosophe
sont surtout choqués par ce qu'il dit du christianisme, les lecteurs du XX<sup>e</sup> siècle ont souvent vu dans cette partie la confirmation de la lecture qui
interprète Du Contrat social comme un traité du despotisme. Quel meilleur
moyen, trouveraient les gouvernements, qu'une religion civile pour forcer
l'homme à être libre ? La religion civile serait alors une forme de propagande
et de conditionnement qui asservirait les esprits et imposerait une pensée
unique aux individus. La pensée libertaire de Rousseau aboutirait ainsi au
totalitarisme le plus noir. Il nous a donc paru nécessaire de réexaminer cette
question de la religion civile chez Rousseau. En ce début du XXI<sup>e</sup> siècle
où l'on annonce un retour du religieux, où un État islamique a pris forme
et où la mondialisation a couvert le monde d'un réseau médiatique chargé
de propager la « bonne parole » et la « bonne morale » du « politiquement
correct » et des tenants de l'économie globale, Rousseau a certainement
encore des choses à nous dire.