Les monuments chrétiens de la côte orientale de la mer Noire : Abkhazie, IVe-XIVe siècles

Les auteurs grecs, à partir
de l'époque d'Homère,
nommaient Colchide le territoire
du littoral oriental du
Pont-Euxin, situé aux
confins du monde grécoromain.
L'Abkhazie (Abasgia)
occupe la partie nord
de cette région, qui a
comme particularité remarquable
d'appartenir à la fois
au monde caucasien et au
monde méditerranéen et
byzantin.
Les témoignages légendaires
de la propagation du
christianisme dans cette région remontent aux temps
apostoliques ; les exilés chrétiens sont apparus à
l'époque dioclétienne. C'est justement dans les
anciennes villes et forteresses romano-byzantines
côtières qu'on trouve les édifices chrétiens les plus
anciens. L'évêque Stratophilus de Pityous était l'unique
représentant du Caucase au premier Concile de Nicée
en 325 ; son église fut découverte hors des murs du castellum.
D'autres basiliques furent bâties à Pityous et à
ses environs durant les IV<sup>e</sup>-VI<sup>e</sup> s. ; l'une d'elles a reçu
un décor en mosaïque. La ville de Sébastopolis est un
autre grand centre chrétien ; là, une église octogonale
s'inscrit bien dans la tradition architecturale de l'Antiquité
tardive, en Orient comme en Occident.
La conversion de la population indigène fut liée à la
politique de Byzance. La basilique de Candrips, bâtie
par Justinien I<sup>er</sup> pour les Abasges, fut ornée richement
de marbres de Proconnèse. Les Apsiles, eux aussi,
avaient des églises modestes à nef unique, dans les
contreforts du Caucase. Une organisation ecclésiastique,
dépendant du patriarcat constantinopolitain, fut
établie après les guerres persano-byzantines, lorsque la
Lazique et l'Abasgie furent sous contrôle de l'Empire
Byzantin.
Les traditions de l'Antiquité tardive se sont conservées
dans l'architecture de l'Abkhasie pendant le Haut
Moyen Âge. Le plan de la grande église à coupole de
Dranda associe une rotonde et une croix. Plus tard on
observe aussi des influences de l'art non chrétien, post-sassanide,
arabe et persan. Un exemple remarquable en
est donné par les dalles du chancel de Cebelda, retrouvées
dans la région apsilienne. Ces reliefs insolites, avec
leur programme iconographique bien élaboré et leur
style rustique, caractérisent bien l'art indigène de
l'époque du Royaume Abkhaze. Cette époque florissante
a duré deux cents ans, des années 80 du VIII<sup>e</sup> s.
jusqu'aux années 80 du X<sup>e</sup> s.
Les rois abkhazes cherchant à être indépendants de
Constantinople, les évêchés abkhazes se sont organisés
au X<sup>e</sup> s. En même temps, l'archevêché d'Abasgie du
patriarcat constantinopolitain demeurait encore ; très probablement
l'immense église de Pytious/Bicvinta/Picunda
fut érigée comme cathédrale de l'éparchie de Sotèrioupolis.
À l'époque de l'essor du Royaume Abkhaze,
l'activité se manifeste par la construction d'une série
d'églises d'un type en «croix inscrite», qui était devenu
prépondérant dans le monde byzantin au X<sup>e</sup> s.
Presque toutes de ces églises se disposent justement
entre les deux sièges d'obédience constantinopolitaine,
de Sotèrioupolis et d'Abasgie.
L'époque médiobyzantine en Abkhazie est bien illustrée
aussi par l'ensemble architectural de Lykhny, résidence
des princes abkhazes Cacba-Servasidze. Le complexe,
bâti au X<sup>e</sup> s., est composé d'une église à coupole
et d'un palais. Les fresques de cette église appartiennent
au style constantinopolitain de l'époque des Paléologues.
En revanche, le palais offre des traits de l'art
islamique. Un trésor, constitué de monnaies byzantines
d'or et de pièces géorgiennes d'argent, fournit une date
importante pour restituer l'histoire de cet ensemble.
C'est aux XI<sup>e</sup>-XIII<sup>e</sup> s., à l'époque du Royaume des
Abkhazes et des Kartliens (Royaume Géorgien uni),
qu'on observe en Abkhazie des formes architecturales
et décoratives géorgiennes. À la fin du XIV<sup>e</sup> s.,
Bicvinta/Picunda devient siège épiscopal du catholicos
(patriarche) de l'Abkhazie (Géorgie occidentale).
Après la chute de Byzance, on trouve encore sur ce
littoral les anciens sièges épiscopaux. Même au XIX<sup>e</sup>
s., pendant le rétablissement du christianisme en Abkhazie,
ce sont de grandes églises de style byzantin qui
furent rénovées.