Dictionnaire de la langue des signes française d'autrefois : le langage de la physionomie et du geste mis à la portée de tous

Au XIX<sup>e</sup> siècle, la langue des signes est intégrée à l'éducation
des enfants sourds. Elle est reconnue comme l'instrument de leur
émancipation : avec elle tout est possible, comme en témoigne une
pléiade de sourds-muets artistes et fins lettrés.
Depuis l'époque glorieuse de l'abbé de l'Épée (1712-1789),
tous ceux qui se pressaient aux exercices publics du bon abbé et de
ses successeurs, prouvant que les signes peuvent tout dire et tout
traduire, réclamaient en vain un dictionnaire : c'est la tâche que
mène à bien en 1865 l'abbé Lambert, aumônier à l'institution
nationale des sourds-muets de Paris. Associant le dessin et la description,
il publie un dictionnaire bilingue français/langue des
signes jusqu'aujourd'hui inégalé.
Ce serait peu dire de cet ouvrage flamboyant qu'il est en
avance sur son temps : ne se contentant pas d'une mise en parallèle
élémentaire des unités lexicales de chacune des deux langues comme
le font la totalité des recueils actuels, il replace chaque signe dans
son contexte et indique comment traduire des milliers d'expressions
françaises.
Quinze ans après sa parution, la langue des signes est interdite
dans les écoles spécialisées, et l'ouvrage de Lambert mis au rebut.
Pendant un siècle, les sourds seront condamnés à un apprentissage
mécanique des sons, les privant de l'accès au sens et les réduisant à
l'illettrisme.
Aujourd'hui, les sourds réinvestissent peu à peu l'espace
public dont ils avaient été évincés ; des dizaines de milliers d'entendants
apprennent leur langue. À tous, le chef-d'oeuvre de l'abbé
Lambert montrera ce qu'a été naguère cette langue, à la fois si
semblable à celle d'aujourd'hui et si étrangement différente.