L'église buissonnière : chronique d'une enfance pieuse et espiègle

Il fut une époque où l'église trônait au milieu du village comme un
point de repère lumineux. Ces temps ne sont plus. Espace jadis
voué aux mystères du sacré, la voilà reléguée en peu de temps au
débarras des antiquités. Le souvenir en reste néanmoins vivace
chez celles et ceux qui, enfants, l'ont assidûment fréquentée. L'auteur est du
nombre. Tombé très tôt dans le bénitier, il y barbota toute sa jeunesse jusqu'à
atteindre, encore ruisselant d'eau bénite, le rebord usé par des mains dévotes.
D'où il contemple un passé chatoyant, qu'il entend sauver comme on fait pour les
langues en voie d'extinction. D'une plume trempée dans l'encre très sympathique,
il narre une saga qui a fait vibrer - mais aussi trembler ! - nombre de chrétiens en
culotte courte ou en jupe plissée. Un mythe fondateur aussi, qui n'avait pas pour
fonction première de dire la splendeur de la vérité, mais de donner, à l'instar des
récits que l'humanité se raconte depuis ses tout débuts, un semblant de sens à la
vie. Préférant le sourire à la nostalgie, l'auteur ne chante pas avec Charles Trenet
«Que reste-t-il de tout cela ?», mais invite à se demander par quoi un faisceau de
valeurs roboratives fut remplacé. Et pourquoi, de très haute école qu'elle fut jadis,
l'église devint buissonnière.