Privilèges et titres relatifs aux franchises, institutions et propriétés communales de Roussillon et de Cerdagne : depuis le XIe siècle jusqu'à l'an 1660. Vol. 1

«La liberté civile, disait M. Jaubert-Campagne, la liberté politique ne sont pas pour
le Roussillonnais une conquête des temps modernes ; bien plus, elles ne peuvent être,
pour lui, aussi larges qu'elles le furent dans les vieux jours... car nous ne sommes plus
aujourd'hui qu'une fraction d'un grand peuple, et une législation basée sur les intérêts
généraux d'une immense population d'hommes ayant des moeurs, des caractères
différents, devait de toute nécessité restreindre les libertés des uns, agrandir les libertés
des autres, renfermer dans les mêmes limites les droits de tous.
«Les libertés du Roussillonnais furent consacrées pendant de longs siècles par ses
usages, ses coutumes, ses lois, qui furent toujours en harmonie avec ses sentiments,
son caractère, ses moeurs, ses besoins, ses intérêts : et ces lois étaient l'oeuvre, l'expression,
la règle d'un peuple peu nombreux, vivant sous le gouvernement qu'il s'était
donné, seul avec lui et par lui, sur le coin de terre où il s'était établi» (1).
C'est la pratique séculaire de ces institutions et de ces libertés politiques et municipales
qui a formé le caractère particulier du peuple roussillonnais, dont les traits principaux
ont été de tout temps l'amour de la liberté et l'amour de la patrie. On ne pourrait
en expliquer les origines et les développements que par l'histoire même du
Roussillon, vaste et riche sujet qui ne saurait être traité ici.