L'éloquence de la raison. Vol. 1. Justice et rhétorique selon Chaïm Perelman, ou Comment dire le juste

Ce qui est retenu de l'oeuvre de Chaïm Perelman, c'est sa contribution à
une théorie du raisonnement persuasif connue sous le nom de «nouvelle
rhétorique». Mais, même si le Traité de l'argumentation (1958) peut accréditer
cette lecture, les recherches menées dans le cadre du Centre de Philosophie du
Droit de l'Université Libre de Bruxelles attestent la place prépondérante de sa
réflexion sur le lien du droit et de la justice. Une interrogation directrice oriente
sa pensée : existe-t-il une autre issue que le décisionnisme politique à l'aporie du
formalisme ou du naturalisme juridiques ?
Qu'une question aussi abstraite puisse être liée aux tourments d'une vie,
celle de cet homme discret, exposé au chaos de l'Histoire, en témoigne. Né à
Varsovie en 1912, Perelman a émigré en Belgique en 1925. Docteur en droit en
1934, il a soutenu sa thèse de philosophie sur le logicien Gottlob Frege en 1938.
La sociologie morale d'Eugène Dupréel et le rationalisme ouvert de Ferdinand
Gonseth ont motivé son effort constant de concilier la pluralité des valeurs avec
leur universalité. Mais cet ami de la paix pouvait aussi entendre une tout autre
voix que celle de la raison. C'est ainsi qu'il s'engagea contre l'occupant nazi
dans le «Comité de défense des juifs». La mort l'a surpris en 1984, alors qu'il
projetait d'écrire une synthèse philosophique de son oeuvre.
L'amitié philosophique est singulièrement exigeante. C'est cette fidélité
critique à l'ouverture dialogique d'une pensée rétive à l'exacerbation des conflits
comme aux dogmatismes pseudo -consensuels que Perelman nous a enseignée,
pour l'avoir lui-même apprise de la raison juridique.