Anny Duperey

Quand Le Voile noir est sorti, quelqu'un m'a cité
une phrase de Sartre que je trouve délicieuse : «Il ne
m'était jamais venu à l'esprit qu'on écrivait pour être
lu.»
Moi, certes, l'idée m'en était venue puisque j'avais
réfléchi au fait de faire lire, ou non, ce que j'avais
écrit mais cela représentait pour moi une sorte de
monologue adressé à des lecteurs indistincts. Je
n'avais pas pensé du tout, du tout, que des gens, des
personnes me répondraient, me parleraient aussi
directement, m'offrant sentiment de partage, paroles
d'apaisement, mise en garde aussi parfois sur la
difficulté du chemin à parcourir encore. Des mots du
coeur, de la belle écriture sincère...
Il me fut même offert la vérité sur ce qui s'était
passé le matin de la mort de mes parents. Quand j'y
pense, c'est vraiment extraordinaire et je ne connais
pas d'auteur dont la vision d'un événement capital
dans sa vie ait été radicalement transformée grâce à
ses lecteurs !
J'ai pensé : «Je ne peux tout de même pas garder
ça pour moi seule...» Et voilà comment l'envie m'est
venue de «rendre» à mon tour ce que vous m'avez
donné - comme le dit si bien cette phrase que l'un
de vous m'a offerte et dont je me nourris beaucoup
depuis : «Tout ce qui n'est pas donné est perdu.»
A. D.