Economie politique (L'), n° 54. Elections 2012 : quelle France pour demain ?

Au moment de voter pour les élections présidentielles et législatives,
on peut certes d'abord rappeler que le Président et la majorité actuels
ont un bilan. Leurs adversaires ne s'en privent pas, et les déçus du
sarkozysme non plus : celui qui voulait éradiquer le chômage l'a accru
d'un million ; celui qui se voulait le Président du pouvoir d'achat
affiche le seul quinquennat depuis vingt-cinq ans qui aura vu une
baisse du pouvoir d'achat individuel des ménages. Et le dirigeant
moderne qui voulait «faire du développement durable le critère de
toutes nos politiques publiques» a fini en 2010 par un : «L'environnement,
ça commence à bien faire !»
Mais l'appréciation du passé n'est qu'un élément parmi d'autres.
Un bilan ne suffit jamais à discréditer complètement un candidat,
pas plus qu'à le faire élire, Lionel Jospin en a fait l'amère expérience.
Aussi ces élections se joueront-elles également sur l'avenir qui nous
est proposé. La gauche aspire au pouvoir : que nous présente-t-elle ?
De la rigueur budgétaire, mais en faisant surtout payer les plus puissants,
individus et entreprises, pour maîtriser la dette et retrouver
des marges d'action. Un système bancaire et financier plus régulé.
Une transition écologique qui ne pourra être la seule affaire du gouvernement
et devra mobiliser les collectivités locales, les entreprises
et la finance. Une politique européenne qui ne se contente pas de
promouvoir le déficit zéro mais organise des transferts de solidarité
financière et investit dans la transition écologique, sous réserve de
convaincre nos partenaires. Une politique de lutte contre la pauvreté
et les inégalités, une nouvelle forme de politique industrielle pour
profiter au mieux d'une mondialisation maîtrisée, et une assurance
maladie organisée comme une vraie politique de soin.
Il y a toujours de la perte en ligne entre les grands projets et les réalisations
concrètes de la gauche de gouvernement. Mais, au moment
d'exercer nos droits démocratiques, la question que l'on doit se poser
est la suivante : veut-on lui donner une chance d'essayer ?
Christian Chavagneux