La sainte ignorance : le temps de la religion sans culture

Pourquoi des dizaines de milliers de musulmans se convertissent-ils
pour devenir chrétiens ou témoins de Jéhovah ?
Comment expliquer que la religion qui croît le plus vite dans
le monde soit le pentecôtisme ? Pourquoi le salafisme, doctrine
musulmane particulièrement austère, attire-t-il de jeunes
Européens ? Pourquoi si peu de jeunes catholiques entrent-ils
dans les séminaires alors qu'ils se pressent autour du pape lors
des Journées mondiales de la jeunesse ? Comment se fait-il
que les défenseurs de la tradition anglicane conservatrice
soient aujourd'hui nigérians, ougandais ou kényans, alors que
le primat de l'Église en Angleterre approuve l'usage de la charia
pour les musulmans britanniques ? Pourquoi la Corée du Sud
fournit-elle, proportionnellement, le plus grand nombre de
missionnaires protestants dans le monde ? Comment peut-on
être «juif pour Jésus» ? Comment se fait-il que le premier
musulman et le bouddhiste élus au Congrès américain en
2006 soient tous les deux des Noirs convertis ?
La théorie du clash des civilisations, de S. Huntington, ne
permet pas de comprendre de tels phénomènes. Car loin
d'être l'expression d'identités culturelles traditionnelles, le
revivalisme religieux est une conséquence de la mondialisation
et de la crise des cultures. La «sainte ignorance», c'est le
mythe d'un pur religieux qui se construirait en dehors des
cultures. Ce mythe anime les fondamentalismes modernes,
en concurrence sur un marché des religions qui à la fois exacerbe
leurs divergences et standardise leurs pratiques.