J'assume

Nina Roberts nous écrit d'un pays où les parents viennent chercher
leur petite fille à la sortie de l'école pour lui expliquer gentiment
que papa et maman n'en peuvent plus de se disputer, qu'ils
vont se séparer.
Où les enfants parfois mangent trop, ingurgitent bonbons et boissons
gazeuses, et sont obèses avant de savoir lire.
Où la nourriture ne va jamais de soi.
Où les adolescents regardent leurs premiers films X pendant leurs
premières boums, où les gamines veulent faire hardeuse quand
elles seront grandes. Pour avoir le pouvoir du sexe.
Où les filles n'ont pas le choix : bouffonnes ou salopes, il faut choisir
son camp. Où les gamines se retrouvent les mercredis après-midi
pour regarder du X et s'entraîner entre elles «sur des sucettes».
Où les viols collectifs commencent comme des parties de plaisir,
et dégénèrent dans l'ignominie. Où les filles sont parfois solidaires,
ne se jugent pas entre elles.
Où personne ne s'apitoie sur son sort, chacun se débrouille, quel
que soit le prix, pour se trouver un peu d'oxygène.
Où pour terrasser son destin, il faut savoir prendre de gros risques.
Virginie Despentes