Droit des brevets et santé publique dans l'espace OAPI

Les problèmes de santé publique continuent de plomber les
perspectives de développement des pays membres de l'Organisation
Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Pour les résoudre, il faut
tenir compte de l'impact du système des brevets sur l'accès aux soins
de santé des populations, dans un contexte international marqué par le
renforcement des droits de propriété intellectuelle depuis l'adoption de
l'Accord sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent
au Commerce (ADPIC) en 1994 et la révision de l'Accord de Bangui de
l'OAPI en 1999. En réalité, la question de l'efficacité du système des
brevets dans la protection de la santé publique est loin d'être close.
Pour l'apprécier, la présente étude pose en postulat la primauté
de l'intérêt de la santé publique sur les droits privatifs des inventeurs.
Ainsi, le droit OAPI intègre les considérations de santé publique en
admettant à la brevetabilité les inventions y relatives, et en prévoyant
des limitations au droit des brevets dans l'intérêt de la santé publique.
Ce faisant, le système des brevets présente des signes d'inadaptation,
pour des raisons intrinsèques, mais aussi au regard du faible niveau
de développement et des spécificités du système de santé dans les pays
membres de l'OAPI, avec notamment la forte présence de la médecine
traditionnelle. Il semble néanmoins possible d'aménager un cadre
incitatif permettant de concilier les impératifs de santé et les droits
privatifs des inventeurs. À travers une analyse économique du droit des
brevets appliquée à la santé publique, l'étude replace en définitive l'État
au centre de la problématique de l'efficacité des normes juridiques.