Le lys et la mitre : loyalisme monarchique et pouvoir épiscopal pendant les guerres de Religion (1580-1610)

Pourquoi la ville de Senlis demeura-t-elle fidèle aux souverains
légitimes alors que la capitale et les cités voisines adhéraient
massivement à la Ligue ? Au-delà de l'attachement des élites
locales à un État monarchique garant du «bien public»,
une puissante transformation de la mémoire et de l'identité
urbaine se mit en oeuvre. C'est au nom d'une double singularité,
celle d'une ville catholique et royale, que les notables de
la ville exprimèrent alors le sentiment de l'élection de leur ville
qui semblait aller de pair avec l'élection divine d'Henri IV.
Toute la société se retrouva dans des célébrations civiques où
le patriotisme urbain fusionnait avec le culte monarchique.
Ces rites s'imposèrent d'autant plus facilement qu'ils manipulaient
les dévotions locales qui, tout au long du XVI<sup>e</sup> siècle,
furent restaurées par les évêques dans le but de maintenir le
consensus urbain et d'asseoir leur magistère.
Thierry Amalou met ainsi en évidence le tour de force des
serviteurs de la monarchie qui détournèrent à leur profit le
fruit des efforts entrepris par l'Église pour réparer la déchirure
religieuse. Le service du roi ne fit pas qu'assurer la promotion
et la reconnaissance sociale d'une oligarchie dominée
par les officiers royaux. L'émergence d'un loyalisme d'affection
à l'égard de la personne royale, dont ce livre éclaire les
dimensions sociales, politiques et religieuses, permit de préserver
l'unité citadine tout en forgeant l'obéissance sociale
nécessaire à un absolutisme naissant.