Le procès de l'Europe : grandeur et misère de la culture européenne

L'Europe se trouve aujourd'hui en position d'accusée, souvent
par les Européens eux-mêmes, du fait de sa prétention
à l'universalité, de sa supériorité proclamée et de son arrogance
intellectuelle. Qu'elle n'ait pas toujours été fidèle à
ses principes, lors de la colonisation des autres peuples,
ne met pourtant pas en cause sa légitimité. La critique
de l'Europe n'est en effet possible qu'à l'aide des normes
juridiques et des principes éthiques qu'elle a diffusés chez
tous les peuples pour connaître le monde plutôt que pour
le juger.
Levinas n'avait donc pas tort de louer «la générosité même
de la pensée occidentale qui, apercevant l'homme abstrait
dans les hommes, a proclamé la valeur absolue de la personne
et a englobé dans le respect qu'elle lui porte jusqu'aux
cultures où ces personnes se tiennent et où elles s'expriment».
Il faut en prendre son parti : il n'y a pas plus d'égalité
des cultures que de relativisme des valeurs. On ne saurait
faire le procès de l'universel sans faire appel à la culture qui
a donné cet universel en partage aux autres cultures.