Le séminaire. Vol. 19. Ou pire

Le séminaire. Vol. 19. Ou pire

Le séminaire. Vol. 19. Ou pire
Éditeur: Seuil
2011255 pagesISBN 9782020971652
Format: BrochéLangue : Français

Rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie.

Rencontre impossible de la baleine et de l'ours blanc. L'une,

forgerie de Lautréamont ; l'autre, ponctuation de Freud.

Toutes deux, mémorables. Pourquoi ? Certainement, elles

chatouillent quelque chose en nous. Lacan dit quoi. Il s'agit

de l'homme et de la femme.

Entre les deux, point d'accord ni d'harmonie, pas de programme,

rien de pré-établi : tout est livré au petit bonheur la

chance, ce qui s'appelle en logique modale la contingence.

On n'en sort pas. Pourquoi est-elle fatale, c'est-à-dire nécessaire

? Il faut bien penser qu'elle procède d'une impossibilité.

D'où le théorème : «Il n'y a pas de rapport sexuel.» Cette formule

est aujourd'hui fameuse.

À la place de ce qui ainsi fait trou dans le réel, il y a pléthore :

images qui leurrent et qui enchantent, discours qui prescrivent

ce que ce rapport doit être. Ce ne sont que des semblants,

dont la psychanalyse a rendu l'artifice patent pour

tous. Au XXI<sup>e</sup> siècle, c'est acquis. Qui croit encore que le

mariage ait un fondement naturel ? Puisque c'est un fait de

culture, on s'adonne à l'invention. On bricole de toutes parts

d'autres constructions. Ce sera mieux... ou pire.

«Y a de l'Un.» Au coeur du présent Séminaire, cet aphorisme,

passé inaperçu, complète le «Il n'y a pas» du rapport sexuel,

en énonçant ce qu'il y a. Entendez, l'Un-tout-seul. Seul dans

sa jouissance (foncièrement auto-érotique) comme dans sa

signifiance (hors sémantique). Ici commence le dernier

enseignement de Lacan. Tout est là de ce qu'il vous a appris,

et pourtant tout est neuf, renouvelé, sens dessus dessous.

Lacan enseignait le primat de l'Autre dans l'ordre de la vérité

et celui du désir. Il enseigne ici le primat de l'Un dans la

dimension du réel. Il récuse le Deux du rapport sexuel

comme celui de l'articulation signifiante. Il récuse le grand

Autre, pivot de la dialectique du sujet, il lui dénie l'existence,

et le renvoie à la fiction. Il dévalorise le désir, et

promeut la jouissance. Il récuse l'Être, qui n'est que semblant.

L'hénologie, doctrine de l'Un, surclasse ici l'ontologie,

théorie de l'Être. L'ordre symbolique ? Ce n'est rien d'autre

dans le réel que l'itération du Un. D'où l'abandon des

graphes et des surfaces topologiques au profit des noeuds,

faits de ronds de ficelle qui sont des Uns enchaînés.

Souvenez-vous : le Séminaire XVIII soupirait après un discours

qui ne serait pas du semblant. Eh bien, avec le

Séminaire XIX, voici l'essai d'un discours qui prendrait son

départ du réel. Pensée radicale de l' Un-dividualisme moderne.

Jacques-Alain Miller

Ce livre est proposé par (0) membre(s)
Ce livre est mis en favori par (0) membre(s)