De la destinée

«Le stade de délabrement auquel est arrivée une
civilisation, bâtie par l'homme et contre lui-même,
révèle l'imposture d'un système fondé sur l'inversion
de l'homme et de la vie. Chacun est désormais amené
à redécouvrir, avec sa spécificité d'être humain, un
potentiel de création que la croyance à son statut
d'esclave le dissuadait de revendiquer.
Destin et destinée s'opposent. Version profane de la
Providence, le destin, identifié au hasard, à la fatalité,
à la nécessité, est inéluctable. La destinée, elle, met
en oeuvre les capacités créatrices de l'homme en voie
d'humanisation, la faculté de se créer en recréant le
monde. À l'encontre des mécanismes du corps fonctionnel
et rentabilisé, elle tend à privilégier le corps mû
par une énergie vitale qui a été vampirisée pendant des
siècles pour être transformée en force de travail.
Construire sa destinée concrétise la réalité d'une vie
authentique, s'émancipant de l'état de survie où elle
végétait. Tout annonce une mutation de civilisation, une
société où il nous appartiendra d'éradiquer les comportements
prédateurs en établissant la prééminence de la
vie et de la conscience humaine.»
R.V.