L'invention de la rêverie : une conquête pacifique du Grand Siècle

Inscrite dans le sillage des travaux consacrés à l'imaginaire
classique, la présente étude se propose de faire connaître le rôle
fondamental que joua le XVII<sup>e</sup> siècle français dans l'invention d'une
tradition prestigieuse, fondatrice d'une des richesses de la
Modernité : la rêverie. C'est, en effet, à cette époque qu'apparut le
sens actuel des mots rêver et rêverie et qu'ils s'imposèrent avec
une fréquence jusque-là inédite sous la plume des écrivains, des
savants, des moralistes et des penseurs. Conjointement se mit en
place, dans l' Astrée et chez Tristan, une poétique que les femmes,
et plus particulièrement les Précieuses, diffusèrent en l'infléchissant,
et dont Rousseau, grand lecteur d'Honoré d'Urfé et de
M<sup>lle</sup> de Scudéry, se souviendra, au point de faire oublier la dette
contractée à l'égard de ses devanciers. Plus largement, l'émergence
de l'acception moderne, le basculement positif qui s'opéra en
faveur de l'évasion mentale, dans la solitude, la douceur et la paix,
la prégnance de la thématique dans les textes du Grand Siècle
témoignent d'une anthropologie nouvelle qui puise notamment
son origine dans la naissance du moi et de l'intime, dans la
construction d'un espace privé et dans l'essor de la civilité.