Claude Simon : la question du lieu

La lecture de l'oeuvre de Claude Simon révèle comment le
personnage, orphelin ou idiot, en quête de lui-même, et l'écrivain en
quête de son écriture, sont tous deux en quête de leurs lieux. L'idiotie
définit le rapport du sujet simonien au monde, qui se caractérise à la
fois par une affection immédiate et une distorsion dans la perception du
réel, lorsque le sujet est subjugué par la diversité de ses éléments, et la
collision dans l'être de ses horizons interne et externe. Exilé en tous
lieux, dépaysé et délié, y compris de lui-même, le sujet simonien
étranger au monde, affecté par un courant de visions exubérant et une
érosion identitaire constante, se distingue toujours par une posture
marginale et un parcours erratique. L'écriture, à l'instar de l'expression
idiote, est affligée de fragmentation, de discontinuité, de silences
parfois, mais n'abdique jamais aucune part dans le champ de la phrase,
acharnée à regagner toujours son affranchissement de la tyrannie de la
narration «romanesque». Le texte de Claude Simon dispute alors
rageusement son espace aux chefs-d'oeuvre de la bibliothèque,
symbolisés par le roman proustien, quand le scripteur tente d'écrire un
roman qui n'est pas un livre ou un livre qui n'est pas un roman.