Descartes, Pascal, Spinoza et la question de l'effacement du tragique

Le tragique n'est pas uniquement à l'Âge classique une catégorie théâtrale ;
il est également un concept philosophique, et si pour des auteurs comme
Corneille ou Racine, il est une donnée littéraire reçue de l'Antiquité, il est
chez des philosophes comme Descartes, Pascal ou Spinoza, un concept à
construire ou à élaborer.
Même si leurs doctrines ne sont pas travaillées par le tragique, on y décèle
en effet des approches diversifiées du tragique qui varient d'un auteur à
l'autre, et chez un même auteur aussi d'une oeuvre à l'autre.
Cette relation idéale entre hommes de théâtre et philosophes a un enjeu
important : quelles solutions apporter au tragique ? Si, de leur côté,
Corneille ou Racine ont repris et adhéré au principe ancien et canonique
de la catharsis aristotélicienne (quoique avec certaines réserves de la part
de Corneille qui lui préfère le principe de la contagion), Descartes, Pascal
ou Spinoza mettent en oeuvre quant à eux des procédures d'évitement,
d'effacement ou de dépassement du tragique.
Non seulement ces procédures sont critiques par rapport au genre de la
tragédie, qui confie le tragique à l'espace théâtral de la représentation,
mais elles peuvent encore se prévaloir d'une plus grande efficacité que la
catharsis , leur clarté tranchant avec l'obscurité de cette dernière. Pour ce
faire, elles déportent le tragique sur un autre terrain : non plus celui du
théâtre, mais celui de la raison ou de la foi.