Beowulf au paradis : figures de bons païens dans l'Europe du Nord au haut Moyen Age

Les autorités et les penseurs chrétiens du Moyen Âge ont, en règle générale,
tenu un discours extrêmement négatif à l'égard de ceux qu'ils appelaient les
païens, qu'il s'agisse de figures polythéistes du passé ou d'individus professant
au présent une autre religion : stupides, brutaux, sans foi ni loi, les païens sont
ordinairement donnés pour damnés.
Pourtant, dans l'Europe du Nord entre la fin du VI<sup>e</sup> et le début du XII<sup>e</sup> siècle,
une poignée de personnages ont été reconnus comme de « bons païens » par
des auteurs chrétiens : certains sont regardés comme fondateurs, vertueux,
voire exemplaires, et il arrive même qu'on laisse entendre que l'un ou l'autre
deux a pu accéder au salut. Ainsi le poème anglo-saxon Beowulf met en
scène des personnages héroïques et positifs, laissant planer le doute sur leur
sort ultime, enfer ou paradis. De fait, selon les contextes politiques, sociaux,
et culturels, les réponses à ce double problème de la vertu et du salut des
païens ont été très variables : ainsi, si certaines sociétés ont rapporté sans
trop de réticences l'histoire héroïque de leurs ancêtres païens, d'autres ont été
amenées à refouler l'essentiel d'un passé jugé incompatible avec le nouveau
contexte religieux.
L'enquête progresse de façon à la fois géographique et chronologique,
explorant tour à tour l'Irlande, les marges septentrionales du royaume des
Francs, l'Angleterre, le pays de Galles, la Scandinavie et le monde slave
occidental. Dans toutes ces régions, la question des bons païens permet
d'éclairer la manière dont, au prix d'accommodements et de bricolages
théologiques, les sociétés nouvellement converties ont appris à parler d'elles-
mêmes à travers le miroir de l'Autre païen.