La connaissance de la langue grecque dans la France médiévale, VIe-XVe siècle

« Graecum est, non legitur » : comment le Moyen Âge français a-t-il désappris une langue encore familière aux lettrés gallo-romains de l'Antiquité tardive ? Les études grecques se nécrosèrent dans la Gaule mérovingienne, malgré l'apport irlandais. De petites renaissances (IX<sup>e</sup> et XII<sup>e</sup> siècles) en longues rechutes, et malgré une fascination constante qui produisit une pseudo-lexicologie grecque, l'hellénisme ne fleurit durablement qu'à l'abbaye royale de Saint-Denis, et à des fins « politiques ». Faute d'instruments adéquats, on redécouvrît Aristote par l'arabe ; la création de l'Université, où le latin régnait, ne changea rien. L'hellénisme de propagande des Ordres Mendiants opéra surtout en Orient, et les cours dispensés au Stadium d'Avignon rayonnèrent peu. Il fallut attendre la diaspora grecque (après 1453) pour que la France, à la remorque de l'Italie, s'éveille lentement à l'humanisme hellénisant et crée enfin, sous François 1<sup>er</sup>, un enseignement public de la langue d'Homère. À travers l'histoire d'un oubli général, mais aussi relatif, inégal et inavoué, c'est toute l'évolution de la culture médiévale qui s'éclaire.