Histoire de la grandeur et de la décadence de Marie Isabelle, modiste, dresseuse de chevaux, femme d'affaires, etc.

Marie Isabelle est aujourd'hui totalement oubliée. Elle
a pourtant été à l'origine d'une révolution culturelle. En
achetant sa méthode de dressage et en lui demandant
d'aller l'enseigner dans la prestigieuse Ecole de cavalerie
de Saumur, l'armée de Napoléon III rompt exceptionnellement
la logique d'exclusion des femmes, décrétée en
1793. En habilitant cette femme, civile et roturière,
comme experte dans un domaine stratégique (on fait
encore beaucoup, à cette époque, la guerre à cheval) et à
un moment critique (la guerre de Crimée), le ministre
blesse l'identité aristocratique et guerrière des officiers et
des écuyers. L'aventure tumultueuse de Marie Isabelle à
Saumur ne peut donc être que la chronique d'un échec
prévisible.
Son itinéraire n'en est pas moins exceptionnel. Issue du
peuple et passée par les coulisses du théâtre, elle a cherché
dans l'état de modiste l'indépendance économique,
dans son mariage une respectabilité bourgeoise qui lui
faisait défaut, dans ses affaires une reconnaissance
publique jusqu'à la cour du tsar ou dans l'armée victorienne.
Entre cette fille de cordonnier et le César
Birotteau de Balzac, transparaissent une dramaturgie,
une énergie et des caractères étonnamment convergents.
Pour l'un comme pour l'autre, la vertigineuse ascension
sociale se solde par une chute irrémédiable.