Le démocratisme radical

Le démocratisme radical défend l'action citoyenne, la
démocratie directe ou participative, la maîtrise de nos
conditions d'existence, défend l'État, État social et l'État-nation
pour certains, simplement «régulateur» pour d'autres. Il lutte
contre le primat et la «sauvagerie» de l'économie, la mondialisation
libérale, la suprématie de la finance. Il regrette l'époque où le capitalisme
était si beau sous le keynésianisme et le service public. Enfin, il
veut construire une alternative au capitalisme qu'il appelle «libéralisme»
ou «mondialisation». Il veut un capitalisme «réel», avec des
usines où se rencontrent de vrais travailleurs et de vrais investisseurs
si conscients de leur responsabilité sociale que l'on ne pourrait plus
les appeler «capitalistes». Il rêve d'entrepreneurs-citoyens dans des
entreprises-citoyennes exaltant le labeur de travailleurs-citoyens sous
la tutelle bienveillante et protectrice de l'État démocratique-participatif
régulant la distribution équitable de la plus-value citoyenne. Il fréquente
les couloirs des ministères et les cours des squats. Il propose
son expertise aux grandes organisations internationales et anime les
campings anarchistes. Une seule chose l'effraie, que le prolétariat abolisse
l'État, la démocratie, le capitalisme (productif) donc se nie, car il
aime le travailleur en tant que travailleur et la plus-value en tant que
surtravail. Il aime l'exploitation car il aime tant la lutte des classes qu'il
voudrait qu'elle ne prenne jamais fin, c'est sa raison d'être, c'est le
mouvement perpétuel de l'alternative et de la critique sociale. Il ne
serait que pathétique et ridicule s'il n'était en réalité un élément efficace,
incontournable, ancré dans le nouveau cycle de luttes du prolétariat
contre le capital comme la formalisation de toutes ses limites et
n'anticipait pas la prochaine contre-révolution qui sera son achèvement,
sa réalisation et sa propre disparition (élimination). Il a ses
héros : le sous-commandant Marcos, José Bové, et maintenant
Chavez, son gourou théorique : Pierre Bourdieu. Il a ses lieux de
mémoire : la forêt Lacandona, Seattle, Millau, Porto Alegre. Il n'est
pas une spécialité française mais un mouvement mondial.
Ce petit livre est destiné à tous ceux que cette pensée molle excède
et à qui elle donne des poussées d'adrénaline. Mais une critique simpliste
et parfois moralisatrice, opposant la vérité à l'erreur, ne voit
dans tous les thèmes énumérés que des «idéologies trompeuses» et
conforte ses auteurs dans leur radicalisme satisfait et impuissant. Il ne
s'agit pas d'interpréter le démocratisme radical comme une erreur Il
est une force sociale réelle, spécifique au cycle de luttes actuel et au
mode de production capitaliste tel qu'il est maintenant restructuré
dans cette seconde phase de la subsomption réelle du travail sous le
capital.
Les éditions Senonevero
s'attachent à la publication
d'une théorie critique du
capitalisme, c'est-à-dire une théorie de
son abolition.
Une époque est maintenant révolue,
celle de la libération du travail, celle
du prolétariat s'affirmant comme le
pôle absolu de la société : l'époque du
socialisme. La révolution sera l'abolition
du mode de production capitaliste
et de ses classes - le prolétariat comme
la bourgeoisie - et la communisation
des rapports sociaux. En deçà, il n'y
a aujourd'hui que la promotion de la
démocratie, de la citoyenneté, l'apologie
de l'alternative. Ces pratiques et ces
théories n'ont d'autre horizon que le
capitalisme.
De la période actuelle à la révolution,
nul ne connaît le chemin à parcourir :
il est à faire, donc à comprendre, par
des analyses et des critiques diversifiées.
Nous en appelons l'élaboration.
Lutte contre le capital, lutte à l'intérieur
de la classe elle-même, la lutte de
classe du prolétariat n'est pas le fait
de muets et de décérébrés : elle est théoricienne
- ni par automatisme, ni par
choix. Comme la production théorique
en général, nos publications sont activités.
Leur nécessité est leur utilité.