De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le XVIIIe siècle

«J'ai reconnu et je ne cesserai de reconnaître les
grands biens que le véritable esprit philosophique
a produits. Mais pourquoi ne le dirai-je
pas ? Si les siècles d'ignorance sont ordinairement
le théâtre des abus, les siècles de lumières
ne sont que trop souvent le théâtre des excès.
(...)
On est forcé de multiplier les lois parce qu'on ne sait plus
les faire ; et, en multipliant les lois, on avilit la législation.
(...)
De nos jours, au milieu des sciences et des arts, au sein
de toutes les lumières, au milieu de tous les systèmes de
philosophie, quelle est la loi, sortie des discussions de tant
d'assemblées législatives, dans laquelle nous entrevoyons
quelques-uns de ces caractères qu'imprime ce génie fort et
puissant qui préside aux établissements durables ?
Résumons-nous. Quand la corruption n'est que dans les
moeurs, on peut y remédier par de sages lois ; mais quand
un faux esprit philosophique l'a naturalisée dans la morale
et dans la législation, le mal est incurable parce qu'il est
dans le remède même».
Jean-Étienne-Marie Portalis