Les ravages de la modernisation universitaire en Europe

Depuis plus de vingt ans, et en particulier depuis la
déclaration de Bologne, la transformation des universités
en Europe rassemble des hommes politiques de
bords opposés et un petit nombre des universitaires
qui en tirent partie. Les résultats ont pourtant tout
pour inquiéter : imposition de recettes à peine adaptées
des entreprises, exagération sans mesure des exigences
de la professionnalisation, sélectivité accrue,
concurrence entre établissements, hiérarchisation
entre universités, obsession pour la rentabilité financière
de l'investissement éducatif, sans oublier la précarisation
des statuts d'enseignants et de chercheurs.
La comparaison conduite par des universitaires d'origine
géographique différente montre l'inspiration
néolibérale partagée qui hante les initiatives en apparence
éclatées (à l'exemple de la récente loi française
sur les libertés des universités). Le modèle universitaire
privé nord-américain qui se heurte aux conditions
spécifiques de chaque pays n'est pas exportable.
Il favorise, au contraire, un véritable renversement de
la table des valeurs académiques.
Ce diagnostic informé d'enseignants qui croient
encore aux vertus critiques du savoir laisse crûment
apercevoir les illusions et les faux débats du discours
officiel ambiant.