La corporation critique. Gestion physique et mobilisation sportive des marges

La voie de la sociologie clinique, en exploitant ici des enquêtes de proximité
et des éléments biographiques finement analysés, met à jour les composants
et la dynamique de situations «socio-crisiques» provoquées par des regards
sur des malades et des handicapés. Regards reçus d'autrui ou regards
portés sur soi-même, tous transforment le rapport aux identités, changent
les référentiels symboliques, obligent à recomposer les liens au monde. Une
crise de la corporéité surgit, parfois même en dehors de tout bouleversement
somatique, sous l'empire d'un éprouvant doute de soi : qui se sent hors norme
hétérosexuelle ne sait plus ce qu'il doit dire, ni faire et court un risque de
décrochage social. Ces expériences de la marginalité condamneraient-elles
inexorablement à se réfugier dans une intimité méprisable ? Ou bien la
mobilisation sportive aide-t-elle à se dégager de la honte et à s'affirmer dans
une fierté collective ? La pratique sportive, une voie de sortie de crise ?
Mais alors, un tel système à visée de production normalisante et d'efficacité
d'insertion mérite d'être étudié dans sa dimension sociologique : quels sont les
effets de la prolifération des dispositifs de prise en charge sanitaire et sociale
qui utilisent l'activité physique ? À partir d'une telle lecture socio-somatique,
s'éclaire mieux l'impact de l'évolution des modes de gouvernement et de
gestion physique des marges (depuis les années 1960), non seulement sur
les expressions des crises de la corporéité, mais aussi sur leur conversion en
projets critiques.