Correspondance. Vol. 1. Epistolarium, 1457-1475

Au grand Cosme de Médicis qui s'enquerrait du meilleur chemin pour
atteindre la félicité, le philosophe Marsile Ficin répondit par une longue
lettre, qui initia une vaste correspondance avec les plus grands noms du
siècle : trois générations de Médicis, dont Laurent le Magnifique, le
cardinal Bessarion, les Pazzi de la conjuration, les poètes Ange Politien,
Giovanni Cavalcanti... Des proches du philosophe platonicien que ce
dernier assiste, tel un nouveau Sénèque, dans leurs efforts pour faire leur
métier d'homme. L'échange de lettres, pour persévérer au jour le jour sur
la voie de la perfection, devient l'acte philosophique par excellence,
amorçant tout un travail de l'âme sur elle-même, sur les décisions qu'elle
doit prendre, sur le monde qu'elle doit sculpter.
La pensée syncrétique de Ficin, porte-parole de la philosophia
perennis , trouve dans les lettres son style particulier et son objet
privilégié, la pratique. Dans sa forme, elle tient plutôt de l'ancienne
parénétique que de la scolastique. Ficin s'intéresse à l'éducation, à la vie
civile, aux exercices spirituels et aux efforts quotidiens que font les
hommes pour se rendre dignes de leur créateur. Peut-être la lecture de
Ficin devrait-elle commencer par celle de l' Epistolarium , plutôt que
par la Théologie platonicienne : ces lettres constituent en effet une
propédeutique et inscrivent l'homme dans une progression qui le mène de
la sphère étroite de son individualité jusqu'au tout et à l'Un. Passant par
la série des expériences de l'unité ici-bas (action vertueuse, banquet,
politique, mais aussi échange épistolaire), Ficin prépare son lecteur à
l'expérience ultime de l'union au divin.