La vie lacunaire

Nous avons établi dans notre Introduction à une
phénoménologie de la vie que, loin de s'ajouter à la vie que
nous partageons avec les autres vivants, la subjectivité devait
au contraire être comprise privativement, comme la négation d'une vie
qui la déborde toujours et la rapporte à la profondeur du monde : nous
avons nommé désir la trace en nous et l'épreuve de cette profusion.
Cependant, cette négation ne devient véritablement pensable qu'à la
condition de montrer qu'elle n'est pas tant le fait de l'homme que celui
de la vie même, qu'elle s'enracine dans une auto-limitation de la vie.
Ainsi, la vie recule en nous parce qu'elle est elle-même caractérisée par
une lacune fondamentale, dont nous montrerons qu'elle renvoie en
dernière instance à l'archi-événement d'une scission et d'une dérive par
rapport à cette vie plus originaire encore - vie qui n'est encore la vie
d'aucun vivant - qu'est la Vie de la manifestation.