Rêves d'avant la mort

Voilà plusieurs années maintenant que Michel Ohl n'écrit plus : à cause d'un rêve, dit-il, dans lequel il s'est vu mort, ce qui lui a changé la vie. Parler lui suffit à présent ; et il n'est plus cette « fabrique de calembours » qu'il affirme avoir été dans sa vie précédente. Mais quand il parle, c'est comme s'il écrivait, étant devenu l'onirique interprète de l'écrivain qu'il fut, chargé de ses innombrables et impératifs souvenirs : « Est-ce qu'on ne pourrait pas la rejoindre, la vie, lorsqu'on est mort, à la faveur d'un rêve à l'intérieur du rêve ? » La question se pose, et bien d'autres, aussi déroutantes, au cours de ces six semaines de rêves racontés, commentés, mêlés dans une causerie à multiples entrées qui malmène et pervertit quelque peu le genre du récit de rêve . Un parcours tout cousu de fil noir, et retors, dans le labyrinthe d'une vie qui se mêle à d'autres, à l'histoire et à l'actualité, un écheveau de dédales à l'issue redoutée, où le conteur en se démenant vous mène et vous égare, vous rebâtissant au passage un être improbable, poignant et grinçant comme un pendu sans corde auquel on a volé sa potence et dont l'ombre se débat à n'en plus finir...