Retour d'y voir, n° 3-4

Pour saisir les sources de l'expérience esthétique, il est [...]
nécessaire d'avoir recours à la vie animale en dessous de
l'échelle humaine. Les activités du renard, du chien, et
de la grive peuvent du moins être des rappels et des symboles
de cette unité de l'expérience si fractionnée lorsque
le travail devient labeur, et que la pensée nous isole du
monde. L'animal vivant est pleinement présent, il est là
tout entier, dans la moindre de ses actions : dans ses regards
circonspects, son flair perspicace, ses oreilles brusquement
redressées. Tous ses sens sont sur le qui-vive. En l'observant,
on voit le mouvement se fondre avec les sens, et les
sens avec le mouvement, pour former cette grâce animale
que l'homme a tant de mal à égaler. Ce que l'être vivant
retient du passé et ce qu'il attend du futur orientent son
présent. Le chien n'est jamais pédant ni académique, car
ceci n'arrive que lorsque le passé est coupé du présent
dans la conscience et érigé en un modèle qu'il faut imiter
ou en une réserve dans laquelle puiser. Le passé absorbé
dans le présent poursuit son chemin ; il va de l'avant.