Constance Chatterley : la première version de Lady Chatterley's lover

"Elle trouva la porte de devant fermée, et personne ne vint ouvrir.
Elle fit le tour, et soudain, dans la petite cour de derrière, elle
aperçut Parkin en train de se laver. À la façon des mineurs,
il avait enlevé sa chemise, fait descendre la ceinture de son
pantalon jusqu'aux hanches, et il se plongeait la tête dans
une cuvette d'eau. Constance battit immédiatement en retraite
et se réfugia dans les bois pour s'y promener un moment. Mais
une fois sous l'ombre des arbres d'où tombaient les dernières
gouttes, elle fut saisie d'un tremblement incontrôlable. Le torse
blanc de l'homme lui était apparu si beau, traversant l'ombre
comme une épée. Ce corps blanc, ferme, divin, et cette chair
ferme et soyeuse ! Peu importait le visage, avec la moustache
arrogante et les yeux durs chargés d'aversion !"
Écrite d'un premier jet en 1926, publiée à New York
en 1944 avec une postface de Frieda Lawrence sous le titre
The First Lady Chatterley , cette version initiale du grand
roman de D. H. Lawrence n'est parue à Londres qu'en 1972.
C'est la première fois qu'elle est disponible en français,
dans une nouvelle traduction de Pierre Vitoux.
C'est donc le premier manuscrit brut, non retouché, spontané
de l'oeuvre emblématique de D. H. Lawrence, une version
concise, sans volonté de provocation, où la signification est
essentiellement intériorisée, avant la version deux et surtout
la version trois finale, plus longue, plus complexe, plus confuse.
Des trois versions successives, Frieda Lawrence préférait de loin
la première "telle qu'elle venait de son esprit, immédiatement
à partir de son moi".