Mémoires. Vol. 2. C'était ma guerre, ma France et ma douleur

«La guerre mêle tout, les chants de révolte, les regrets, les
prières, les amours.»
Dans le deuxième tome de ses Mémoires, Maurice Druon
nous fait revivre ces années 1939-1945, qui furent pour lui,
comme pour tous ceux qui les ont vécues, les années décisives
au cours desquelles il découvrit, tout à la fois, l'amour de sa
patrie et la douleur de la voir humiliée.
Après avoir fait ses classes à l'école de cavalerie de Saumur,
l'aspirant Druon et quarante millions de Français reçoivent
de plein fouet l'énorme choc de l'offensive allemande. C'est
la débâcle. L'exode commence, mêlant civils et militaires,
enfants et vieillards, ainsi que les restes d'une armée défaite,
dans une indescriptible cohue.
Démobilisé à Tarbes, il rejoint dans le Midi son oncle Joseph
Kessel, écrit une pièce de théâtre, puis s'engage dans un réseau
de Résistance, auquel appartient déjà un étudiant en médecine,
Jean Bernard, qu'il retrouvera plus tard à l'Académie française.
En entendant Pierre Laval déclarer à la radio, en avril
1942, qu'il souhaitait la victoire de l'Allemagne, Maurice
Druon décide de quitter la France. Il franchit clandestinement
les Pyrénées, traverse l'Espagne, arrive à Lisbonne et
partage enfin, à Londres, la vie des Français libres.
On ne sait jamais à quoi le sort nous destine. Le jeune
Druon voulait servir par les armes, il servira par la plume. Un
jour, à la demande d'Emmanuel d'Astier, il compose avec
Kessel les paroles d'une chanson dont la musique date de la
Révolution russe. Ce sera Le Chant des Partisans.
Le style donne vie à ce qu'on croyait disparu. Celui de
Druon a l'élégance, le rythme, la richesse et les surprises d'un
grand écrivain. Mais il a le charme et la présence des grands
reporters. On y trouve le réel capté à la source, la force des
«choses vues», l'émotion.