Une histoire des mondes

2058 : Zénian, un vieil aveugle noir, nous conte l'étrange histoire
de Colin et Joan :
«Décidément, ils ont bien du mal les Blancs, avec l'irrationnel.
Si un fait ne cadre pas avec leur religion, leur philosophie, leur
système politique ou autre, ils ne comprennent rien à rien, car ils ne
peuvent pas le décrypter...
Comment comprendraient-ils alors, qu'une espèce végétale exogène
à l'île ne puisse s'y implanter que dans certaines conditions climatiques
et géologiques bien déterminées ?
Kaala a son pouvoir...
Les Blancs savent-ils le rôle du Chamane ? Et celui de l'unité de
temps utilisé sur l'île ?
Bien sûr que non. Car s'ils s'y intéressaient un tant soit peu, ils
découvriraient aussi et apprendraient qu'au-dessus du chamane, il y a
l'Ayoku, celui qui a survécu au foudroiement, et qui connaît désormais
tous les secrets de l'univers.
Lui se lève tous les jours avant l'aube, pour un salut et une offrande
rituelle au soleil.
Lui croit en la réalité ontologique de la lumière, source de toute
énergie et symbole de régénération.
Si les Blancs le savaient, ils comprendraient qu'ici le temps n'a
pas la même valeur qu'en Européa, puisque l'unité de mesure à qui les
Galhoïs n'ont évidemment pas donné de nom, est celle que met une
patate douce à cuire dans la cendre !».