Histoire de la Turquie : de l'Altaï à l'Europe

Venus des monts Altaï, aux confins de la Mongolie et de la Chine,
avant de s'établir en Anatolie, les Turcs ont étendu leur domination
jusqu'aux portes de l'Europe. Les guerres incessantes que l'Empire
ottoman mena contre l'Empire byzantin, puis contre celui des
Habsbourg, ne furent qu'un épisode de l'éternelle rivalité entre Orient
et Occident. Celle-ci ne prit fin qu'avec la guerre d'indépendance,
menée par Mustapha Kemal de 1919 à 1923. Après six siècles
d'ottomanisme, la Turquie devenait une république laïque, sous l'étroite
surveillance de l'armée, aux dépens de ses minorités kurde, arménienne
et alevie.
Engagée depuis quarante ans sur la voie des réformes, forte de ses
72 millions d'habitants et de son poids économique, la Turquie est
candidate à l'entrée dans l'Union européenne depuis 1999. Un atout
sur l'échiquier stratégique, pensent les uns ; une perte d'identité pour
l'Europe, prédisent les autres. Mais tous convoitent son alliance,
surveillent ses progrès et redoutent ses colères. Or, la Turquie ne cesse
d'osciller entre l'héritage laïc d'Atatürk et la nostalgie de l'âge d'or
islamique. Un compromis difficile, auquel doivent s'astreindre aussi
les islamistes modérés désormais au pouvoir.
Des origines mongoles du peuple turc jusqu'à l'avènement du Parti de
la justice et du progrès (AKP), Ibrahim Tabet retrace trois mille ans
d'histoire politique, économique et sociale de la Turquie, n'éludant
aucun des défis qu'elle doit relever : regain islamiste, droit des femmes,
questions kurde et chypriote, reconnaissance du génocide arménien,
relations avec ses voisins arabes... «Homme malade de l'Europe» au
XIX<sup>e</sup> siècle, la Turquie sera-t-elle demain sa providence ?