Un traducteur et un humaniste de l'époque de Charles VI, Laurent de Premierfait

Laurent de Premierfait est longtemps resté et reste à plusieurs égards
encore mystérieux. On sait, en effet, que ses contemporains célébraient
avant tout ses qualités de versificateur et il reçut de l'humaniste italien
Antonio Loschi l'éloge suprême de «premier poètes des Gaules». Or,
les produits de son activité poétique nous étaient pratiquement inconnus
jusqu'à la découverte récente de quelques vers latins sur la question
du Schisme et de la guerre franco-anglaise. Inversement, aucun texte
humaniste ne fait état de ses activités de traducteur. L'attribution
actuelle à Laurent de Premierfait d'abrégés de la Thébaïde et de
l' Achilléide de Stace, et surtout d'un commentaire des Comédies de
Térence, qui viennent s'ajouter à ses traductions françaises de Boccace
et de Cicéron, montre que le poète traducteur, protégé de Louis de
Bourbon et de Jean de Berry, était un humaniste à part entière, comme
ses amis qui ont vécu sous le règne de Charles VI, Jean de Montreuil,
Nicolas de Clamanges... Si l'activité de cet auteur du Moyen Âge tardif
pouvait être définie d'un seul mot, c'est sans doute le terme de «médiateur»
qu'il faudrait choisir, médiateur entre une culture savante qui
s'adresse aux lettrés et aux universitaires, et une culture qui s'exprime en
langue vulgaire, pour atteindre un public plus vaste et en premier lieu
celui de la cour.