Une île entre Paris et Florence : culture et politique de l'élite corse dans la première moitié du XIXe siècle

Le dix-neuvième siècle est en apparence marqué en Corse par
la progressive francisation - puissante mise en place d'une politique
et d'un appareil administratif sans états d'âmes - et l'éloignement
concomitant de l'aire d'influence de ses voisins italiens ;
double phénomène qui puise ses racines dans les complexes événements
politiques bien connus du siècle précédent : indépendance de
l'île vis-à-vis de son maître génois, rattachement en deux temps à la
Couronne puis à la Révolution française - sans parler de l'intermède
anglais.
Au coeur de cette révolution culturelle se trouva plongée l'élite intellectuelle
insulaire, aux prises avec ses propres repères moraux et les
contraintes politiques nouvelles et fluctuantes - le dix-neuvième siècle
français est lui-même celui des successifs changements radicaux de
régime, de l'Empire au Second Empire en passant par la Restauration
et la Monarchie de Juillet.
Cette élite, souvent en résistance, fut active dans les grands débats
tant politiques que scientifiques ou moraux, c'est-à-dire ceux que l'on
pourrait qualifier de «civilisationnels» et qui sont d'une manière générale
au centre des préoccupations de l'Europe entière. Elle tenta d'y
faire entendre la voix des «petits» peuples face à l'hégémonisme des
grandes nations déjà engagées dans les prémices idéologiques des
futures aventures coloniales.
À travers les grandes figures de ces intellectuels insulaires, en décryptant
les liens réticulaires qui gouvernaient ce qu'il y a lieu d'appeler
«l'élite» (économiques, sociaux, politiques et culturels), en révélant
les quelques grands sujets de réflexion auxquels celle-ci participa,
c'est la grande fresque de la vie intellectuelle de la société corse de
la première moitié du XIX<sup>e</sup> siècle qui est peinte ici, avec ses engagements,
ses réticences et ses mythes dont le moindre ne fut pas le mythe
«paolien».