Saint Jacques de Compostelle

Saint Jacques de Compostelle

Saint Jacques de Compostelle
Éditeur: Aedis
20038 pagesISBN 9782842591908
Langue : Français

Les us et coutumes

80 % des pèlerins passant à Saint-Jean-Pied-de-Port commencent

là leur pèlerinage, ce qui est une aberration, l'étape

de Roncevaux par la montagne étant la plus difficile du chemin.

On en parle peu, mais le mauvais temps y est fréquent,

on peut y errer pendant des heures, voire même y mourir.

Le nombre de pèlerins y est passé de 1 264 en 1996 à 13 638

en 2001...

À Santiago, 60 000 pèlerins environ reçoivent la Compostela

chaque année pour 4 millions d'autres visiteurs, plus du

double les années saintes (quand le 25 juillet, fête de saint

Jacques, est un dimanche).

À chacun son chemin

Le pèlerin quitte sa demeure et ses habitudes. Il prend le chemin,

ouvert aux autres, en quête de lui-même. Cette aventure,

il pourrait la vivre sur ses chemins de tous les jours.

Mais la démarche de pèlerinage sur les chemins de

Compostelle est privilégiée et prend des formes variées qui

impliquent toujours une rupture.

Le pèlerin d'aujourd'hui, en marchant à pied pendant des

semaines, cherche à retrouver les sensations de ses ancêtres

et se crée une imagerie stéréotypée : il faut souffrir, quitter

son confort, accepter des conditions de vie frustes, se priver...

Il doit partir du Puy et suivre le GR 65 qui passe pour

un chemin historique... Là seulement, il pourra ressentir la

compagnie des foules de pèlerins du passé.

Mais marcher dans la boue fait-il partie du pèlerinage ?

Souffrir dans des chemins impossibles est-il obligatoire ?

Mendier son pain n'est-il pas faire injure aux vrais pauvres ?

Aucun récit de voyage des temps anciens ne fait état de

pareilles obligations. La Règle de saint Benoît met même en

garde contre la surenchère dans les pratiques ascétiques

(gare au péché d'orgueil !).

Une autre manière de cheminer

Quittant les images, les conseils de ses prédécesseurs qui

parfois entretiennent son angoisse pour se valoriser, les

contraintes des guides de toute nature, le pèlerin d'aujourd'hui

peut vivre un pèlerinage personnalisé. Il l'organisera à

son gré, sans mimétisme et sans ostentation. Il lui est loisible

de partir de chez lui et de marcher en droite ligne, à l'affût

des rencontres des autres, de tous ceux que sa démarche

intéresse ou indiffère. C'est lui qui, humblement, ira vers eux

en demandant sa route ou une adresse. Chemin faisant, il

s'imprégnera des conditions de vie des habitants des régions

traversées. Au lieu de se cacher dans des chemins où il ne

rencontre que ses semblables, ou de «gommer» les villes en

prenant le bus, il osera «s'aventurer» dans les zones industrielles

(une occasion de répertorier les activités de la

région), marcher sur les routes, voire même sur les routes

nationales (pensant à ceux qui subissent leurs nuisances

toute l'année, contrairement à lui qui ne fait que passer).

Dans les villages, il découvrira de vrais lieux de rencontres,

les bistrots-épiceries-quincailleries-vêtements, ou les

chambres d'hôtes tenues par des gens du cru. Se faire étranger

le temps d'un pèlerinage offre des bonheurs inédits et ce

pèlerinage hors des sentiers battus n'enlève rien à la valeur

de la démarche, bien au contraire.

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