Lettre ouverte aux bons Français qui assassinent la France

Je l'avoue, je ne suis pas un «bon Français».
Quand onze footeux milliardaires
remportent le «mondial», l'idée ne me
viendrait pas d'entonner we are the champions
en descendant les Champs-Élysées derrière un
chef d'État en maillot bleu suivi de cent mille
compatriotes en liesse.
Je ne vibre pas davantage à l'unisson des journalistes
«patriotes», quand ils encensent
le french doctor Kouchner jouant les
proconsuls de l'OTAN en Yougoslavie
occupée.
Lisant à l'envers l'histoire officielle de mon
pays, je tiens que ces «mauvais Français» que
furent Henri Martin et Henri Alleg ont sauvé
l'honneur de la France, quand MM. Lacoste,
Mollet, Mitterrand, Chirac, Massu et autres
étoiles du colonialisme français foulaient aux
pieds la devise républicaine en Indochine ou
en Algérie.
Mais toutes ces preuves de déviance ne sont
rien en comparaison de ce fait aussi impardonnable
qu'inexplicable : républicain, syndicaliste,
internationaliste, anti-fasciste, antiraciste
et laïque, de gauche en un mot, j'ai le
front d'aimer la France et de considérer sa mise
en tutelle «constitutionnelle» par l'Europe de
Maastricht comme une félonie...