Mille et une pensées

Non content de faciliter le travail des lecteurs, l'auteur a
souhaité voler au secours des critiques en formulant dix
griefs principaux à l'égard de son propre livre :
«1) Pour qui l'auteur se prend-il ?
2) Comment ose-t-il publier des pensées alors qu'il n'a
jamais pris rang parmi les intellectuels ?
3) En vertu de quelle légitimité émet-il des jugements aussi
définitifs sur des sujets qui lui sont autant étrangers que
l'amour, la politique et la culture ?
4) Ne pèche-t-il pas par manque de travail et par défaut
d'inspiration en se montrant incapable de dépasser dix lignes
sur un seul sujet ?
5) Pourquoi, alors qu'il sait que tout a été dit, s'obstine-t-il
à croire que tout n'a pas été écrit ?
6) Son inconscience n'aboutit-elle pas à ce qu'une voie
traditionnellement royale s'achève cette fois en impasse ?
7) N'est-ce pas pousser trop loin le paradoxe que de
qualifier de maximes des songe-creux minimalistes ?
8) A-t-on le droit de multiplier les mauvais coups sous
prétexte de faire des bons mots ?
9) L'auteur ne pense-t-il pas plus haut que sa tête ?
10) N'est-il pas de pire fou que celui qui se prend pour un
sage ?»
Philippe Bouvard