Prêtres de Bretagne au XIXe siècle

Une «terre de prêtres» : telle apparaît la Bretagne dans la
France concordataire (1801-1905). Cette formule souligne
l'importance du recrutement sacerdotal dans un territoire
que Michel Lagrée avait qualifié de «pays de vicaires», marqué par
le faible nombre de paroisses à recteurs et des carrières cléricales
singulières. Ces dernières n'avaient pas fait l'objet d'une étude globale ;
c'est ce manque que vient combler l'ouvrage de Samuel Gicquel, situé
au carrefour de l'histoire religieuse, sociale et culturelle. L'auteur y
analyse l'itinéraire de 7 000 prêtres concordataires des diocèses de
Vannes et de Saint-Brieuc.
L'étude statistique permet de mettre en valeur l'exceptionnel
engorgement des carrières à partir de la Restauration et la recherche
d'échappatoires ou de nouvelles voies d'accès à la notabilité
pastorale. Au fil des développements et des anecdotes, apparaît la
réalité quotidienne de la vie des prêtres concordataires briochins et
vannetais. L'analyse de leur vocation, de leur formation, des relations
humaines et sacerdotales, des qualités du bon prêtre ou encore de
leur condition matérielle permet ainsi d'esquisser un portrait collectif
du clergé breton du XIX<sup>e</sup> siècle.
Une attention particulière est en outre portée aux conflits culturels,
du fait de la division linguistique des deux évêchés étudiés entre une
partie occidentale bretonnante et une partie orientale gallèse ou
francophone. L'étude des carrières ecclésiastiques et particulièrement
celles des «coucous», ces prêtres gallos envoyés en Basse-Bretagne,
permet d'appréhender la frontière linguistique au XIX<sup>e</sup> siècle sous un
jour nouveau.