Hamlet, l'ombre et la mémoire

« To be or not to be »... Cet aphorisme si emblématique
du mythe d'Hamlet ne serait-il pas (presque) trop
célèbre ? Non, car c'est très exactement la question que
nous nous posons : qu'est-ce qui «est» dans le mythe
d'Hamlet ? Autrement dit, qu'est-ce qui le constitue ?
Quelle est son «essence» d'un point de vue esthétique
et ontologique ?
Il importait d'aborder le mythe d'Hamlet grâce
à une méthode mythocritique et comparatiste, afin
d'analyser les différentes versions du mythe, les unes en
fonction des autres, et d'en faire apparaître clairement
les fondements et les spécificités. Il semble en effet que
les enjeux de ce mythe soient ceux de la littérature et de
la création artistique. Le mythe d'Hamlet fait du spectaculaire
et de l'invisible, du visuel et du virtuel le coeur
d'une écriture ; il est en soi un outil heuristique et un
objet herméneutique à part entière... De sorte que si ce
mythe nous fascine et nous (é)meut tant, c'est parce
qu'il joue précisément sur nos propres désirs de lecteur
et/ou de spectateur.
Que nous révèle donc cette histoire d'une famille
(qui est aussi une histoire de famille) faite de secrets et
de spectres ? Que signifie au fond cette histoire de crime
et de vengeance qui se fait tout simplement attendre (et
entendre) sinon, du plus profond de nous-mêmes, ce
que nous sentions depuis longtemps, sans jamais l'avoir
si simplement et si poétiquement formulé ?