Revue germanique internationale, n° 10. L'anthropologie allemande entre philosophie et sciences : des Lumières aux années 1930

Les Lumières allemandes voient l'émergence d'une réflexion
anthropologique spécifique qui entend penser l'homme dans sa totalité,
en dépassant les dualismes entre l'âme et le corps, l'esprit et la sensibilité,
la nature et la culture. Tout en témoignant d'une ouverture sur des sciences
empiriques en voie d'autonomisation, cette réflexion anthropologique a
également un aspect spéculatif et normatif. Le présent volume se propose
d'étudier ce «tournant anthropologique» et sa postérité au XIX<sup>e</sup> et au
XX<sup>e</sup> siècle, à partir d'une série d'études de cas (notamment Wilhelm von
Humboldt, Wilhelm Wundt, Hermann Lotze, Friedrich Nietzsche, Max
Scheler, Arnold Gehlen).
Des théories concernant la station debout à l'anatomie comparée
et l'ethnologie, de la «créature déficiente» au surhomme, de l'anthropologie
philosophique à la critique phénoménologique de l'«anthropologisme»,
le fil conducteur est celui d'une analyse des interactions entre réflexion
philosophique et sciences empiriques dans un contexte où les sciences de
la nature connaissent un développement spectaculaire, bouleversent, en
particulier avec le darwinisme, la conception de l'homme et remettent en
cause sa spécificité dans la nature.
À l'heure où les progrès de la biologie et de la génétique
ouvrent la perspective d'une ingénierie du vivant, et où la question de
l'«exception humaine» est plus que jamais posée, la tradition de réflexion
anthropologique présentée dans ce volume offre aussi des ressources
pour penser les défis à venir.