Les déportés en Isère. Vol. 1. Histoire des associations : genèse et revendications (1945-1992)

En mai et juin 1945, les Isérois survivants des camps de la
mort arrivent à Grenoble. Quelques proches sont parfois
présents pour les accueillir, peu souvent en réalité ; c'est
bien plus la confrontation à la solitude qui domine. Ils sont d'anciens
résistants, raflés, ou victimes des persécutions antisémites et
reviennent animés de l'espoir que la nation les reconnaît dans
leurs actions passées. Mais presque un an s'est écoulé depuis la
libération du département et les Isérois se sont détournés de la
logique de guerre à un moment où les rescapés attendent reconnaissance,
écoute et compréhension au regard des souffrances
endurées au nom de la patrie.
De cette dichotomie naissent l'incompréhension et la nécessité
pour les survivants de créer des groupes associatifs afin de déclencher
la réponse à leurs demandes : statuts spécifiques et prises en
charge par la nation. 1945 s'ouvre sur un temps de lutte entre
des groupes de pression anciens combattants et une société qui
ne voulait pas entendre la voix des rescapés des camps.