Mémoires du général Griois : 1812-1822, maréchal de camp d'artillerie, baron de l'Empire

J'allai avec le général Grouchy et son chef d'état-major
Jumilhac reconnaître les environs. Un boulet tiré de très
près passa entre nous trois. Jumilhac se baissa vivement. Le
général Grouchy ne put s'empêcher de sourire : «Il paraît,
colonel, que vous êtes plus familier avec les boulets que
monsieur, car vous ne les saluez pas comme lui.» On ne
montre pas sa peur des boulets, lorsque l'on est officier
d'artillerie dans la Grande Armée. Et pourtant, que la
guerre est effrayante pendant cette campagne de 1812 où
la souffrance humaine atteint son paroxysme. La valeur
du témoignage de Griois tient dans le fait que l'auteur ne
s'attribue jamais un rôle qui n'est pas le sien. Il décrit ce
qu'il voit et ce qu'il ressent aux côtés des hommes qu'il
commande. Griois endure les misères de la guerre, il
connaît aussi la gloire. En 1813, il commande l'artillerie
de la vieille garde impériale, ce qui en dit assez sur ses
mérites de soldat. Ses mémoires sont un document
exceptionnel sur les dernières campagnes de l'Empire.