Maternité et parentalité

Depuis quelques décennies, de nombreux travaux révèlent
les questionnements que l'évolution des moeurs et l'effondrement
du patriarcat ont provoqués sur la place, la fonction
et le rôle de chacun des parents. L'apparition concomitante de
la notion de parentalité , son succès médiatique et politique
témoignent de la constitution du fait parental en question
sociale. L'une des caractéristiques de cette nouvelle notion est
sa globalité : elle appréhende les deux parents sans distinction
de sexe, ou de genre. Comme si le père et la mère se trouvaient
confondus par leur nouvelle et commune responsabilité, alors
que les psychologues insistent toujours sur leurs spécificités.
Au contraire de la paternité, l'évidence sociale et psychologique
de la maternité n'a guère incité, jusqu'à très récemment,
à une interrogation poussée. Au discours «psy» traditionnel
sur l'assomption de la fonction maternelle ne s'est opposé que
le discours féministe universaliste, déniant la spécificité maternelle
dans une perspective militante soucieuse de briser l'assignation
sociale des femmes à la maternité. Cette opposition
s'est révélée assez stérile : masquer l'importance de la différence
des sexes et ses effets sur les positions parentales ne
saurait permettre d'abolir les inégalités construites à partir de
cette différence, bien au contraire.
Les textes ici réunis essaient, chacun à sa manière, d'interpréter
certaines transformations récentes de la fonction maternelle
et des représentations qu'elle inspire, en les mettant en
relation avec le cadre nouveau que constitue la parentalité
contemporaine. Ce tour d'horizon multifocal permet d'appréhender
à la fois combien la maternité est une construction culturelle
et combien il demeure nécessaire de prendre en compte
sa spécificité physique pour pouvoir en produire une analyse,
dans un contexte qui voit les contours de la parentalité se
complexifier chaque jour davantage.